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En tant que
thérapeute, on attire souvent des clients qui nous ressemblent, qui ont
vécu des situations similaires, qui nous reflètent certaines choses
connues. L'expérience de vécu que nous en avons nous permet de les aider
à dépasser ces situations douloureuses et à guérir les blessures
sous-jacentes.
Cette semaine, j'ai eu une nouvelle cliente qui m'a touchée par ce
qu'elle vit et que j'ai aussi vécu : l'impression (et non la
certitude) d'être trompée par son conjoint, impression démentie par
l'intéressé. Cela rejoint directement ce que j'ai vécu avec Georges, mon
ex-conjoint. Une impression pour laquelle je n'ai jamais eu de
certitude.
A
l'époque, plusieurs «signes» clairs m'avaient fait croire que Georges m'avait
trompée. Pourtant, il me l'avait démenti clairement... mais pas de façon
amoureuse. Mentalement. «Mais non, je ne t'ai pas trompée !» m'avait-il
dit d'un air presque fâché, mal à l'aise. Je n'ai pas
eu alors «Mais non, mon amour ! Comment pourrais-je avoir fait ça ?
C'est toi que j'aime !» avec des bras tendres pour me serrer. Il était
resté sur sa chaise. Ma cliente, appelons-la M., a reçu la même réponse
de son conjoint quand elle lui en a parlé, avec la même attitude.
Depuis quelques temps, elle a mis sur papier tous les signes et
coïncidences qui lui confirmaient de plus en plus que son impression
était vraie. Pourtant, son conjoint démentait toujours tout en lui
reprochant de se faire des scénarios.
Un point important compte dans cette histoire : M. et moi avons été
trompées par d'anciens conjoints. Ça avait fait très mal. Nous nous
retrouvions, M. avec son conjoint et moi avec Georges, à nous faire
revivre une situation presque similaire. La différence, cependant, c'est
que ce n'est qu'une impression et que notre conjoint niait (pour moi) et
nie (pour M.) qu'ils nous ont trompées et nous n'en avons jamais eu ni
la confirmation ni l'infirmation.
De plus en plus mal, M. est allée passer quelques jours dans un centre
pour femmes où elle a rencontré plusieurs intervenants, dont des
psychologues. Ils lui tous ont dit la même chose, chacun à sa façon,
tout comme ses ami(e)s : «Il te trompe, c'est sûr ! Que fais-tu encore
là ? Sors de cette relation !». Mes amis m'avaient dit la même chose
mais pas ma psy, ce qui me permet de vous parler d'une guérison
aujourd'hui et qui me permet d'aider M. à atteindre la sienne.
Avec le recul et les guérisons que j'ai faites par rapport à ce que j'ai
vécu avec Georges, j'ai donc dit autre chose à M. (je parle ici aussi de
moi pour expliquer mais, en parlant avec elle, je ne parlais que par
rapport à elle) :
Il arrive, dans la vie, des situations difficiles qui se répètent et se
répéteront tant que nous n'aurons pas guéri notre enjeu, notre blessure
imprimée dans notre inconscient. En l'occurrence, ici, la blessure de
trahison et de tromperie que nous avons vécue avec d'anciens conjoints,
peut-être même dans notre enfance (pour ma part, ma mère a été trompée
par mon père, ce qui a créé leur séparation, puis a longtemps été
trompée par son deuxième mari. Par la suite, j'ai été trompée par
presque tous mes conjoints... si c'est pas assez clair, comme enjeu
répétitif !).
Cependant, au fur et à mesure que nous cheminons et guérissons des bouts
de cette blessure, la situation va se reproduire éventuellement de façon
différente et moins «profonde». Ici, la tromperie n'est plus qu'une
impression dont nous n'arrivons pas à avoir la certitude, impression
niée par le conjoint considéré pourtant, à tort ou à raison, comme
coupable d'adultère.
La preuve que nous avons avancé dans notre cheminement vers nous-même
est que nous ne sommes pas encore trompées, du moins pas officiellement
car nous n'avons pas d'autre vérité que celle que nous donne notre
conjoint.
Donc, on a deux choix :
1. on sort de la relation car on est sûre qu'il nous trompe malgré le
fait qu'il nie ce qui nous semble une réalité évidente, avec tous les
signes et coïncidences qu'on a remarqués. On considère donc que, en
plus, il ment. La responsabilité de notre état de tristesse, et
éventuellement dépressif, lui incombe totalement puisque c'est à cause
de lui que nous sommes ainsi. (C'est la conclusion à laquelle les
intervenants du centre de femmes et les amis étaient arrivés pour M.).
OU (et c'est ce que j'ai vécu et proposé à M.) :
2. on se prend en mains et on s'occupe de notre blessure de trahison. On
réalise et accepte que notre conjoint n'est que le déclencheur de cette
blessure qui s'est ravivée au contact de signes et coïncidences, avec
lesquels on a tiré des conclusions basées sur notre seule interprétation
mais sans aucune validation.
On va donc chercher la raison pour laquelle on est encore à se faire
revivre ça, d'où ça vient, en NOUS. On prend du recul du conjoint, le
temps de guérir notre blessure. On prend la responsabilité de ce qui
nous arrive et ne mettons la faute sur personne. On s'occupe de soi et
on laisse l'autre s'occuper de lui, le temps de guérir notre blessure
qui crée peine, frustrations et colère.
Dans ce cas-ci, notre état provient clairement :
1. de notre dépendance affective (on a besoin d'être rassurée sur la
fidélité, l'unicité que nous sommes pour l'autre. On se sent moindre,
petite, mal-aimée, manque d'estime de soi, etc.). Je vous remets ici ce
que j'avais alors écrit à mon sujet, qui explique aussi une partie de la
dépendance affective :
J'ai réalisé que, quelque part, j'attendais qu'une partie de mon bonheur
me soit apportée par Georges. J'attendais des choses de lui qu'il ne
peut ou n'est pas prêt à me donner. La communication en est une mais
c'étaient aussi des choses qui m'auraient donné l'impression de ne pas
être seule dans mes projets, par exemple, dans mes intérêts, dans ce que
j'ai envie de vivre en couple.
Je n'étais pas très fière de moi quand j'ai réalisé ça parce que c'est
une des choses qui a débalancé notre couple et j'en suis maintenant
consciente. A sa façon, Georges aussi attendait qu'une partie de son
bonheur arrive à travers moi, je le savais, mais je ne me rendais pas
compte que je faisais pareil. A travers mes demandes et mes attitudes,
je demandais du bonheur à Georges, inconsciemment.
2. de notre enjeu et blessure de trahison que nous avons vécue avec
d'anciens conjoints, voire même dans notre enfance.
Ici, la guérison va devoir passer par l'«expansion du Soi» pour
atteindre une maturité émotionnelle qui va nous permettre de croire
sincèrement qu'on mérite d'être unique pour l'autre, qu'il n'aura pas
envie d'aller voir ailleurs, voire de nous tromper.
En plus simplement dit, cela revient à apprendre à s'aimer sincèrement,
à grandir intérieurement, à prendre confiance en soi, à remonter
l'estime de nous-mêmes, à combler le vide que l'on ressent par de
l'amour, de la paix et de la joie.
Pour y arriver, de petits outils sont nécessaires, comme :
-
faire
attention à être en présence à soi, connecté à son coeur et non à
son mental;
-
s'accueillir
dans ce que nous ressentons sans pour autant y mettre toute
l'emphase : toujours garder un recul sur ce que nous vivons pour ne
pas se laisser envahir par les émotions négatives;
-
toujours
garder à l'esprit que, dans une situation, on a toujours au moins
deux façons possibles de voir la situation;
-
prendre le
recul face à certaines situations qui, au premier abord, viennent
nous conforter dans nos impressions et scénarios comme, par exemple,
le conjoint (considéré coupable d'adultère) qui laisse un gentil
message sur le répondeur pour prendre de nos nouvelles.
Au premier niveau,
on peut être contente de l'entendre nous demander des nouvelles
gentiment. Ça fait du bien au coeur.
Au deuxième niveau, on réalise, par exemple, qu'il appelle de son
cellulaire. On se monte alors un bateau-scénario qui va nous faire plus
de mal que de bien : il a appellé de son cellulaire et non de chez lui.
Cela confirme notre impression qu'il sort avec sa coloc, donc il
n'appelle pas de la maison pour qu'on ne connaisse pas le numéro de
téléphone (qui serait affiché sur notre téléphone), au cas où on aurait
envie d'appeler, de tomber sur la coloc et de lui envoyer un char de
m...
Faisons ici le «test de réalité» par rapport au deuxième niveau :
Question : Est-ce vrai, faux ou douteux (qu'il ait appelé de son
cellulaire parce que....etc.) ?
Réponse : C'est carrément douteux.
Que faire dans ce cas-là ?
Oublier le deuxième niveau, avec lequel on ne réussit qu'à se faire du
mal, et se concentrer sur une réalité plus vraie, celle du plaisir
d'avoir reçu un message de son conjoint qui appelait pour prendre des
nouvelles, donc qui se soucie de savoir comment on va.
Pas facile, me direz-vous, quand on est en petits morceaux, qu'on a mal
et qu'on aurait juste besoin qu'il soit là pour nous prendre dans ses
bras et nous rassurer.
Justement... Il n'est pas là et nous n'aurons pas la rassurance que nous
voulons... de lui.
La rassurance, c'est de nous que nous devons la trouver, c'est à nous de
nous l'offrir. Par notre présence, notre expansion de soi, l'amour que
nous nous donnons.
Seul cet amour peut réussir à nous guérir de nos blessures, à nous
rendre plus forts, plus solides, plus aimants, de nous-même d'abord, de
l'autre ensuite, car on ne peut considérer avoir une relation équilibrée
si un des deux conjoints n'est pas avec lui-même et attend son bonheur
de l'autre.
Personne ne peut combler notre vide d'amour que nous-même.
Personne ne peut nous donner le bonheur que nous recherchons si on le
cherche à l'extérieur de nous-même.
Nous sommes les seuls capables de nous aimer d'abord. Si on ne s'aime
pas, on ne pourra aimer et être aimé(e) de façon saine et harmonieuse...
On atteint ce but en travaillant à déconnecter nos fausses croyances -
que nous ne méritons rien de mieux que d'être mises de côté et trompées,
dans cet exemple -, et à guérir notre blessure d'abandon, de rejet, de
trahison et de tromperie.
Tout cela tout en accueillant sans jugement toutes les émotions qui nous
habitent, que ce soit la peine ou la colère, et en écrivant notre
journal intime quotidien pour déposer ce qui nous ronge, pour laisser
mijoter tout ça et nous permettre d'avancer...
Pour ma part, à force de travailler sur ma présence, l'avancement de la
guérison, à voir les choses positives, à toujours me ramener à ce que je
veux pour moi d'abord et à laisser les choses douteuses en dehors de ma
vie, j'ai vécu, un moment donné, un espèce de déclenchement qui s'est
réalisé tout seul en moi, une espèce de libération intérieure remplie
d'amour. La colère a alors disparu comme par magie...
Cette libération intérieure m'a permise alors de me dire que, peu
importe si Georges m'avait trompée, il m'avait permise de guérir cet
enjeu de trahison et de tromperie et, pour ça, je pourrais lui dire
merci ! Quand je l'ai revu, quatre mois après notre séparation, c'était
en paix et ce fut une rencontre agréable.
Comme quoi les personnes qui nous font vivre des moments difficiles ne
sont que des déclencheurs de choses que nous avons à guérir avec nous-mêmes...
Nous sommes tous les enseignants les uns des autres, ne l'oublions
jamais...
Peu importe de quelle façon les personnes nous enseignent. C'est à nous
de voir ce que nous avons à apprendre, même - et surtout - quand ça fait
mal...
Dominique
Jeanneret, 2006
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